Table des Matières

Table of Contents

Dr. Père Cesar Mourani ocd

Nouvelle Edition 2002

 

L'Architecture Religieuse de Cobiath (Kobayat) sous les Croisés

 

 

PREMIERE PARTIE

 

 

APERCU HISTORIQUE

 

 

Chapitre I

 

 La Syrie à la fin du XI siècle 

Au début de cette première partie, nous tenons a préciser un point en particulier: il n’est pas dans notre intention de réécrire l’Histoire de la Syrie durant la période qui précède la conquête franque. Bien que fort mouvementée, l’histoire événementielle de la région syrienne n’est pas soumise à contestation, au moins dans ses grandes lignes, étant donné l’abondance et la clarté des documents qui en relatent les faits. Cette histoire d’ailleurs, a été étudiée d’une façon approfondie et jusque dans ses moindres retombées, soit par les grands maîtres libanais comme Jawad Boulos, Kamal Salibi, Philippe Hitti et Youssef Debs, qui ont consacré à ce sujet, la plus grande partie de leurs œuvres maîtresses; soit par des médiévistes occidentaux émérites tels le père Henri Lammens, René Dussaud, Claude Cahen et Paul Deschamps et ceci pour n’en citer que quelques uns parmi tant d’autres. Pour obvier au problème, toujours délicat, des limites entre Histoire et Archéologie, nous tenons à souligner dès à présent; et comme nous venons de l’affirmer tout au début que notre tache n’est pas de refaire une histoire, mais bien plutôt de donner vie à l’atmosphère dans laquelle ont poussé les divers monuments, objets de ce travail.

 

Le morcellement politique de la Syrie et la multiplicité des confessions religieuses ont ouvert largement les portes aux invasions étrangères, dit l’historien Jawad Boulos[1].

 

Nous dirions plutôt, dans l’Orient à la fois exalté et tourmenté, politique et religion vont de pair: toute partition socio-politique coïncide, presque exclusivement, avec une subdivision confessionnelle. Etant donné la formation démographique de l’Asie occidentale, la Syrie du onzième siècle n’a pas pu échapper à cette règle générale que le même auteur qualifie de « Postulat historique ».

 

Le territoire compris entre l’Egypte et la Mésopotamie forme politiquement et économiquement, un passage stratégique de première importance. La possession de ce passage,  -et c’est là un deuxième postulat historique-  devient une nécessité vitale pour tout gouverneur, maître fut-il de l’Egypte ou bien de la Mésopotamie. Le littoral méridional de la Méditerranée se révèle être, en effet, le principal poumon de Bagdad, comme il forme le lien vital entre le Caire et les marchés de l’Asie extrême-Orientale. S’emparer du dit ruban territorial a fait l’enjeu de luttes meurtrières et souvent fratricides entre les puissances dominant le Caire, Bagdad et Constantinople et cela durant plusieurs siècles consécutifs[2].

 

Face au flux et reflux de l’empire byzantin, sur l’autre rive du Bosphore, l’empire islamique, lui aussi, connut ses heures de bonheur et de tristesse.

 

La ruée des Arabes de l'Islam vers le littoral se brisa sur les proues de la flotte grecque et toutes les tentatives omeyyades pour s’emparer de la Méditerranée Orientale s'avérèrent inefficaces. Leur domination se limita, par conséquent, à la Syrie continentale et ils finirent par céder la place à un autre Islam, mais celui-là, non plus arabe, mais arabisé.

 

Les Omeyyades furent évincés par les Abbassides.

Damas, réduite à une simple ville de province céda le pas à Coufa, et Baghdad devint la capitale de l’Islam iranien. Ainsi, le nouvel état musulman sonna le glas du “royaume arabe”, se détacha de plus en plus du littoral pour s’orienter vers l’intérieur du continent asiatique et les grandes métropoles du commerce maritime s’effacèrent bientôt devant la nouvelle poussée des villes de l’intérieur.

 

Sur le plan politique, une nouvelle classe dirigeante s’emparant du pouvoir, laissa aux Califes la seule autorité nominale et le règne abbasside se transforma en un tissu de machinations politiques[3].

 

Les conséquences de cette anarchie politique furent graves et néfastes: “A peine arrivé le quatrième siècle de l’Hégire le Monde musulman remplaça l’Etat islamique: le nationalisme s’éveilla et à la place de l'état, surgirent plusieurs états au sein de l’empire abbasside”[4].

 

Les territoires occupés par le califat retournèrent à ce qu’ils étaient avant l’islam; la personnalité démographique des vieilles ethnies se réveilla et se tailla des fiefs dans ses limites géographiques: l’Histoire de l’Orient reprit son cours millénaire. Plusieurs contrées se détachèrent bientôt de Bagdad et se constituèrent en états autonomes. Le monde islamique sombra dans une anarchie mortelle dont il ne sortira qu’avec les Zengides et les Ayyoubides à la fin du XII s.

 

Parmi les nouveaux états, le plus important, sur les plans historique et démographique, fut l’Egypte qui, la première, recouvra sa propre personnalité nationale.

 

Juste à la veille des Croisades, l’année1097, Les fils de Totouch, gouverneur de la Syrie, Redwan et Daqaq, se partagèrent l’héritage paternel, et, pour élargir leurs territoires respectifs, entamèrent des ‘luttes fratricides épuisantes.

 

Les Fatimides en profitèrent alors pour reconquérir la Palestine, tandis que Tripoli se constituait en principauté autonome sous les Benou-Ammar, chiites, nominalement rattachés au Caire.

 

Bagdad et le Caire, face à face, représentent deux capitales, par conséquent, deux puissances et deux idéologies. La scission du vaste empire islamique était faite. L’autorité directe du pouvoir fatimide ne dépassa presque guère; les frontières de l’Egypte, alors que les territoires situés entre l’Iraq et l’Egypte, formaient une zone d’influence s’élargissant et se rétrécissant au hasard des combats. Bagdad changea souvent de maîtres et les Fatimides n’eurent jamais l’armée qui leur permit d’étendre et d’imposer leur autorité. Entre les deux puissances, sœurs-ennemies, la Syrie eut un sort assez malheureux: un vent de tempête y souffla fort longtemps.

 

A la fin du onzième siècle, les Seljouqides turcs et turcomans, tous deux musulmans sunnites dominaient l’Asie Mineure et le nord de la Syrie, alors que les Fatimides chiites étendaient leur domination sur l’Egypte, la Palestine et la Syrie du Sud. Fomentées par l’atavisme idéologique et la présomption effrénée des gouverneurs, des luttes fratricides et interminables épuisèrent les deux capitales et mirent l’anarchie dans les territoires intermédiaires. Au sein du grand empire islamique, surgirent de petits gouverneurs qui se taillèrent des fiefs autonomes et se comportèrent en véritables rois indépendants. L’inimitié, la jalousie, les différends sur l'hérédité entre les frères, aboutirent à des luttes sanglantes et créèrent un état d’anarchie politique et d’insécurité totale. Dans ces régions intermédiaires, la masse populaire, mis à part les chrétiens, était en majorité, de confession chiite gouvernée par des maîtres sunnites étrangers comme Les Seljouqides ou bien, une majorité sunnite écrasée par les Fatimides et leurs représentants: ceci empoisonna les luttes religieuses entre les deux sectes islamiques.

 

Sévissements socio-religieux et regroupements féodaux furent les conséquences de cette anarchie.

 

Quand l’islam fit ses premiers pas en Syrie, il fut accueilli avec bienveillance de la part de la population indigène. Les uns, par réaction contre Byzance, les autres pour y avoir retrouvé des échos de leur propre idéologie[5]. La plupart le saluèrent, même, dans l’espoir d’y rencontrer un moyen de sortir de leur isolement économique. Sous la domination byzantine, les Grecs s’étaient arrogé l’hégémonie sur le commerce ce maritime. La population du littoral syrien était formée en grande majorité de restes cananéo-phéniciens, qui, anciens maîtres des mers, se virent bloqués sur la côte et coupés de leurs ressources économiques héréditaires. Les uns furent contraints de s’adonner à une maigre vie, autres se penchèrent sur le commerce intérieur, et, leurs caravanes sillonnèrent les pistes du continent asiatique.

 

On pouvait classer la population syrienne du VII s. sous le vocable général de chrétiens mais tout classement général comportant des sous-classements divers, les chrétiens de Syrie étaient divisés en plusieurs sectes religieuses. Les rapports entre ces diverses factions, souvent tendus, s'envenimèrent par l’aveugle politique des empereurs grecs.

 

Des querelles interminables surgirent entre les confessions sœurs et finirent en des luttes sanglantes, des persécutions réciproques, des représailles et des massacres en masse. Rappelons, à titre d'exemple, le massacre des moines de Deir Mar Maroun (l’an 517). La haine du Byzantin devint immense et les regards se tournèrent vers les conquérants arabes comme des sauveurs inespérés. Or, plus l’espoir dans l’attente est grand, plus la déception est amère.

 

Sous les Omeyyades, la population reprit du souffle et les choses allèrent d’une façon plus ou moins satisfaisante. Les affaires changèrent, de fond en comble, sous les derniers califes de cette dynastie, et, les malheurs redoublèrent sous les Abbassides.

 

Les Byzantins, redevenus maîtres de la mer, bloquèrent à nouveau les voies du commerce maritime et coupèrent, sur la Méditerranée, toute possibilité de communication entre Orient et Occident.

Les Arabes, nouveaux maîtres de la région, apprirent vite les secrets du métier, et, le transfert du poids économique de Damas à Bagdad, leur permit de faire mainmise sur les voies du commerce continental.

Les califes abbassides, inaugurant, par ailleurs, une nouvelle méthode dans le gouvernement, la discrimination religieuse fut leur devise. Ils promulguèrent des lois ignominieuses à l’encontre de ceux qui ne professaient pas leur propre idéologie.   A chaque fois que leur siège périclitait, ils remettaient en vigueur les lois de ségrégation confessionnelle dans l’espoir de rétablir leur autorité défaillante ou de sauver les apparences face à l’islam extrémiste. Des persécutions eurent lieu, les fonctions officielles furent interdites aux chrétiens, les lieux sacrés furent profanés, le despotisme régna et la population paya, à maintes reprises, tribut de sang. Les Byzantins en avaient jeté la semence, les Abbassides l’arrosèrent, le pays en récolta et continue à en récolter l’amertume jusqu’à nos jours. Diviser pour régner fut leur devise; leur règne, comme toute chose temporelle, eut un terme, mais les divisions n’eurent pas de fin.

 

La politique anarchique de cette période eut des conséquences graves sur l’avenir de la société syrienne. La population se scinda en peuples; les peuples se désagrégèrent en regroupements socio-politiques axés sur la religion, le féodalisme prit de l’ampleur, l’émigration des masses s’accrut.

 

Peut-on parler d'origines ethniques en Syrie ?

Les différends, qui s’élevèrent entre les divers groupes syriens, furent, en principe, d’ordre plutôt socio-religieux qu'ethnique. A ce  point de vue, les membres de la société syrienne d’alors, étaient pratiquement des parents proches descendant généralement d’une même famille à l’origine, la souche sémitique et parlant une même langue : l'Araméen. La Syrie antique, fut-elle phénicienne ou araméenne, avait embrassé la religion chrétienne qui porte, elle aussi, une carte de naissance sémitique.

 

Plus tard, durant la période islamique, les uns gardèrent leurs croyances, alors que d’autres embrassèrent la nouvelle religion. Or, cette dernière, elle aussi, prit naissance dans une famille sémitique, les Arabes, branche orientale de la grande souche sémitique. Si les diverses sociétés de la région offrent des différences, celles-ci sont plutôt apparentes que réelles, dues surtout aux conditions géographiques et climatiques. Les différences socio-religieuses et les marques qui distinguaient les groupes, les uns des autres, ne sont pas, au fond, étrangères à la nature de la population syrienne ; elles ont existé depuis toujours ; elles sont des résidus de leur vie tribale primitive.

 

Est-ce facteur de conditions climatiques ? Est-ce le fruit de la mentalité commerciale du peuple ? La tolérance native, dans des âmes intimement religieuses, permit aux divers regroupements de s’accepter, de coexister, de former même une population presque homogène malgré les caractéristiques qui distinguent la personnalité culturelle propre à chaque groupe, caractéristiques et personnalité dues, en particulier, aux principes socio-religieux et par conséquent aux modes de vie de chaque communauté; une certaine entente, un sentiment d’auto-défense, leur permit souvent de se surpasser et de former une sorte de fédération religieuse au sein d’une même société politique. Seule, l’ingérence extérieure, en classifiant les divers groupes, fit d’une même population, plusieurs peuples, capables, aussi bien, de s'entre-tuer que de s’harmoniser quand les apports étrangers leur permettaient de se retrouver.

 

L’intolérance et les persécutions des gouverneurs étrangers poussèrent les membres des communautés confessionnelles syriennes à se regrouper, non seulement, autour d’un chef spirituel, mais aussi, autour d’une autorité temporelle. Ainsi, les regroupements confessionnels se transformèrent, sous la poussée de l’extérieur, en groupes socio-politiques, formant de petites nations, presque autonomes, au sein du vaste monde islamique. Comme les hommes, ne peuvent vivre qu’au sein d’une société, la déchéance morale et la misère matérielle des dixième et onzième siècle reportèrent la structuration de la société syrienne à ses origines: la famille, la tribu, ou la confession[6].

 

Une autre conséquence de la domination abbasside fut le féodalisme qui revêtit un aspect effarant en Syrie.

 

L’empire islamique était trop vaste pour être gouverné, directement, par les Califes. Ceux-ci divisèrent le pays en Wilayats et déléguèrent leur autorité aux gouverneurs provinciaux. L’affaiblissement du pouvoir central laissa les mains libres aux gouverneurs. Les walis, n’étant jamais sûrs de rester dans leur fonction jusqu’au lendemain, leur premier souci fut de faire de l’argent: ils en avaient besoin, surtout, pour s’acheter la bienveillance du sultan et payer les tributs au califat[7]. Comme ils étaient, le plus souvent, des chefs militaires de fortune, la terre dont ils n’avaient qu’une propriété tributaires (Iqta'a), leur devint un moyen de s’enrichir et de dominer. Ils s’arrogèrent tous droits sur les récoltes et les produits des petites industries, se souciant peu du paysan ou de l’artisan qui dut, souvent, plier bagage ou fermer boutique. La culture étant la première ressource économique, au Moyen-Orient, le pays finit par se vider, et, la terre redevint inculte. La population de la Syrie comptait autour de huit millions d’habitants, au temps du califat omeyyade, elle n’en comptera que deux millions, au dix-huitième siècle. Des trois mille et deux cents villages payant tribut dans la wilāyat d’Alep, il n’en restait que quatre cents au début du XIX s.[8].

 

A l’avènement des Croisés, le pays présentait une mosaïque inconcevable de petits potentats et d’émirats en lutte les uns contre les autres. La situation politique se présentait, alors, de la façon suivante: Totouch, apanagé à Damas par son frère Malikchah meurt en 1092. Tandis que son fils aîné, Redwan, prend le pouvoir à Alep, le cadet, Daqqaq, s’installe à Damas. Djenah - AdDawla, atabeck de Redwan, se retranche  à Homs. Sur la côte, Tripoli devenu un émirat autonome, est gouverné par Fakhr-Al Moulk Ibn Ammar, ancien cadi chiite qui avait su maintenir son indépendance entre Bagdad et le Caire grâce à son habileté diplomatique et à la forte position militaire de la ville. Les Mounqizites régnaient puissamment à Chaïzar et les “Assassins” s’étaient taillé un large fief dans les montagnes des Nsaïryés[9]. Dans cette dissolution de l’autorité qu’en était-il des chrétiens ?

 

Les premières conquêtes des Arabes de l’islam furent plutôt d’ordre militaire. Vivant dans  des champs ou dépôts militaires hors des villes, les arabes se contentèrent de faire payer tribut, ainsi que des livraisons de vivres fournies par les indigènes[10]. Leur tolérance, la sagesse de leur politique à l’encontre des pays soumis, et la haine de Byzance leur facilitèrent la mainmise sur la région, leur assurant même une collaboration locale. "De cette politique, large, tolérante, des chrétiens de Syrie devaient recueillir leur part."[11] Lorsqu’ils rassemblèrent leur première flotte, capitaines et matelots furent des chrétiens syriens. “Cette jeune flotte, composés de 1700 unités navales, au dire des chroniqueurs arabes, était sous le commandement des chrétiens”[12]. En 649, cette flotte remporta, pour le compte des Arabes, une nette victoire sur la marine byzantine, au sud de 1'Anatolie.

 

L’ouverture, par ailleurs, du commerce maritime, jadis monopole des Grecs et l'accès aux marchés du Levant rapprochèrent les chrétiens des nouveaux maîtres de la Syrie. Cette tolérance des conquérants arabes facilita, en outre, le passage de la population à l’islam. Tant que le calme régna et qu’on paya tribut, l’état arabe-islamique, pratiquant une politique assez intelligente, ne s'immisça pas dans les affaires internes des communautés. Dans les régions chrétiennes, la population ne subissait aucune contrainte et se sentait en sécurité quant à sa vie, ses biens et sa liberté religieuse. Les chefs religieux continuèrent à s’occuper librement des affaires inté­rieures de leurs communautés respectives et la vie, sauf de ra­res diversions, fut tolérable jusqu’à l'avènement des Abbassides.

 

Sous les premiers califes de cette dynastie, la situation des chrétiens fut assez avantageuse et quelques-uns, parmi les plus célèbres califes, prirent des cures de repos dans les monastères syriaques situés aux environs de Damas et dans la banlieue de Sergiopolis, la Rosāfa  d’aujourd’hui. Haroun Ar-Rachid (786-809) et Al-Ma’moun (813-833) séjournèrent, souvent à Deir Maroun de Dainas. Ce dernier Calife, dit-on, fît construire la coupole qui s’élève sur le Jabal Deir Al-Mran[13]. Effectivement, note à ce propos Philip Van Mayers, pendant plus de quatre siècles, les califes musulmans menèrent une politique tolérante, se comportèrent avec bienveillance à l’égard des pèlerins et encouragèrent les pèlerinages sachant que c’était une grande source de rentrées[14]. Mais le mariage entre chrétiens et Abbassides finit par se rompre, et, un beau jour de l’année 850, le calife Al Moutawakkel, surnommé “Néron des Arabes”, pour détourner les esprits des scènes d’orgie dont son palais de Bagdad était devenu le centre et pour frapper d’admiration l’imagination des extrémistes sunnites, obligea “les Infidèles”, chrétiens et Juifs,à porter des habits jaunes, ordonna de démanteler les églises construites après la conquête islamique, licencia les fonctionnaires chrétiens et donna ordre de raser les tombes des chrétiens, comme il interdit, à ces derniers toute monture noble, sauf les ânes et les mules[15].

 

La fin du X s. vit la rupture finale du mariage islamo-chrétien. Les chrétiens qui avaient applaudi, à l'événement de l’islam, subirent des persécutions terribles: Al Hakem, calife fatimide de l’époque, remit en vigueur les lois appliquées par ses prédécesseurs et en 1009, donna l’ordre de détruire beaucoup d’églises, entre autres, l’église Notre Dame à Damas et la basilique de la Résurrection à Jérusalem[16]. Les pèlerins furent persécutés et maltraités, les églises furent détruites, et, certaines furent réemployées comme étables[17].

 

Malgré tous leurs malheurs, les chrétiens, au lieu de se retrouver, continuaient à couver, dans le secret, la zizanie semée par les Byzantins et à peine la tempête islamique s’apaisait-elle quelque peu, ils se défoulaient dans leurs querelles ataviques.

 

Entre-temps, Byzance, qui jouait depuis longtemps le rôle de protectrice des chrétiens d’Orient, était absente de la scène, entrain de panser ses propres blessures. Quand elle se tranquillisait un peu du côté des Normands, elle n’apparaissait aux portes de la Syrie que pour effectuer quelques raids sans lendemain, abandonnant les chrétiens aux représailles des gouverneurs islamiques.

 

Les chrétiens de Syrie étaient divisés en quatre grandes communautés: Les Jacobites Monophysites vivaient dans le Nord de la Syrie et possédaient des centres importants en Jézirah. Les Grecs, rattachés juridiquement au patriarcat de Constantinople et répandus dans le Midi et le Sud de la Syrie, étaient fortement concentrés dans le Koura de Tripoli. Les Arméniens, quant à eux, habitaient surtout la région d’Antioche et d’Edesse. Les Maronites s’étaient réfugiés dans la chaîne montagneuse du Liban et dans quelques coins reculés de la vallée de 1'Oronte.

 

Quelle était cette tranche du peuple libanais que les croisés ont rencontrée à leur arrivée en "terre de Tripoli" et dont leurs chroniqueurs font un bel éloge?

 

Nous consacrons le chapitre suivant aux maronites que Jacques de Victry considérait comme "les plus précieux auxiliaires des francs". C'étaient eux les  "suriani" qui vinrent à leur rencontre.

 


[1] BOULOS J., Les grands changements dans l’Histoire, Beyrouth (texte arabe).p.171

[2] RAPPOPORT, Histoire de la Palestine, p. 40, cité par BOULOS J. op.cit. p. 180.

[3]  LAMMENS H., La Syrie, 2 vol. Beyrouth 1902, tome II. p. 132.

[4]EIN Tah, L’avenir de la culture en Egypte, Le Caire 1948 (texte arabe), p. 20.

[5]  ABOU-ZEID Sarkiss, Les Maronites ne sont pas les Croisés de l’Orient, dans la revue AI. Minbar N 9 année 1986, p. 70.

[6] BOULOS J., Le Liban et les pays limitrophes,  Beyrouth 1972 p.276, passim

[7] DEMOMBENES,  p.332, cité par BOULOS J. dans  Le Liban et les pays limitrophes, p. 278.

[8] LAMMENS M., La Syrie, Beyrouth 1925, tome II, p. 118.

[9] ISMAIL Adel, Le Liban, Beyrouth 1972, p. 45.

[10] Cfr. LAMMENS H., op.cit.p.42

[11] LAMMENS H., ibidem.,p.47

[12]    Ibn Assaker, Histoire de Damas, p. 251, cité par BOULOS J. dans l’Histoire du Liban, p. 221.

[13] Ibn Assaker, Histoire de Damas, p. 250, cité par BOULOS J.dans l’Histoire du Liban, p.215.

[14] VAN MAYERS Philip, General’History, Beyrouth 1845 (texte arabe) P. 245.

[15] LAMMENS H., La Syrie, Tome I, p. 132

[16] VAN MAYERS Philip, General History, P. 245

[17] VAN MAYERS Philip, idem, ibidem.

 

 

Table des Matières

Partie1-Chap1

Partie3-Chap1

Partie4-Chap1

 

Partie1-Chap2

Partie3-Chap2

Partie4-Chap2

Introduction

Partie1-Chap3

Partie3-Chap3

Partie4-Chap3

  

Partie3-Chap4

Partie4-Chap4

 

Partie2-Chap1

Partie3-Chap5

Partie4-Chap5

 

Partie2-Chap2

Partie3-Chap6

 
  

Partie3-Chap7

Conclusion

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Ref: Père Cesar Mourani, Afif Mourani, عفيف موراني