Table des Matières

Table of Contents

Dr. Père Cezar Mourani ocd

Nouvelle Edition 2002

 

L'Architecture Religieuse de Cobiath (Kobayat) sous les Croisés

 

 PREMIERE PARTIE 
 APERCU HISTORIQUE 
   

Chapitre II

 Les Maronites  

L’histoire de l’Eglise Maronite, surtout dans ses premiers siècles, reste toujours à écrire. Toutes nos connaissances ou presque, autour du sujet se révèlent être aléatoires, le plus souvent manquant de références historiques ou bien, dans le meilleur des cas, elles sont fondées sur la tradition qui n’est, certes pas à dédaigner mais elle n’a pas la force du document historique.

Des historiens émérites ont mené des recherches rigoureuses. Pour n’en parler que des plus éminents, citons le patriarche Estéphan Addouaïhi “père des historiens maronites”, Mgeneur Assemani; auteur de la “Bibliothèque orientale “et Youssef Debs l’éminent archevêque de Beyrouth. Ajoutons à ceux-ci le célèbre Jésuite, Henri Lammens et ses analyses minutieuses.[1]

A ces derniers historiens se réfèrent presque tous ceux qui ont abordé le thème des Maronites. Personne n’a plus avancé quelque nouveau document d’importance ainsi que nulle nouvelle lumière n’est venue éclairer les maillons perdus au obscurs de l’histoire de cette Eglise. Rapportons à ce sujet ce que, l’un de nos historiens libanais les plus discutés, a écrit il y a quelques années : “ le nom des Maronites n’est pas mentionné dans les arrêtés du 6 ème concile et nul historien n’en parle avant le 9ème  siècle, ainsi que nul document authentique concernant l’Eglise Maronite ne nous est parvenu avant le 13 ème   s,…. “[2](

S’il nous est permis de traduire notre pensée, nous dirions de même. Officiellement, il ne paraît pas qu’il y ait eut  un regroupement avant le dernier quart du 7 ème siècle ni au Liban ni même en Syrie. Ce qui est attesté par les documents c’est l’existence des “Disciples”, des “Moines”, des “enfants de Beit Maroun” Ces moines avaient autour d’eux des groupes de fidèles chalcédoniens auxquels les chroniqueurs prêtent le nom de “Maronites” nous continuons à les appeler ainsi.

Les Maronites qui sont-ils? D’où proviennent-ils? Sont-ils seulement les émigrés de la Syrie du Nord ou bien sont-ils du pays? Sont-ils phéniciens, Syriaques ou Arabes? On voudrait bien répondre à toutes ces questions d’une manière exhaustive et convaincante. Beaucoup de volumes ont été écrits autour du sujet. Certains font  des Maronites “ un peuple d’une essence très particulière…leur communauté évolua d’une façon distincte du milieu qui l’entourait et dont elle se trouvait en quelque sorte séparée. “(cf. Ristelhuefer, Traditions, p.12) On veut à tout prix les arracher à leur milieu ambiant et les dépouiller de leur peau nature. D’autres- et comme ils sont nombreux!- s’acharnent inlassablement à rapetisser leur stature en perpétuelle croissance.

“Nous sommes tous un mélange complet et en même temps, tous parents” dit un écrivain moderne. (Cf. Brian Sikes) Héritiers des Phéniciens, descendants des Araméens ou résidus arabes, les Maronites sont là et bien vivants. Essayons de les regarder en face. 

 

A - Les Maronites en Syrie 

Lhistoire du groupe Syriaque chalcédonien qui fut appelé plus tard Eglise et peuple maronite remonte à la seconde moitié du quatrième siècle où, dans la Commagène, ancien pays du nord-est de la Syrie, vivait un saint anachorète nommé Maron. Celui-ci, initiant un nouveau mode de vie, sétait retiré du monde et menait dans son ermitage, comme en plein air, une vie ascétique des plus austères“… [3]

Sa réputation attira bientôt autour de lui des  disciples qui pratiquant à la fois une vie de prière et dapostolat, irradièrent dans les deux sens de la vallée de lOronte. Leurs missions gagnèrent Antioche au Nord comme elles atteignirent au sud le centre du Liban. Ils sétaient donnés pour but de combattre, dune part, le paganisme encore vivant parmi les araméens leurs connationaux, et dautre part, de sauvegarder leur foi intacte parmi les hétérodoxies du moment. Dans son allocution du 13 juillet 1744 le pape Benoît XIV s’adresse à ses cardinaux en ces termes:”vers la fin du  septième siècle. Alors que l’hérésie désolait le patriarcat d’Antioche, les Maronites, afin de se mettre à l’abri de la contagion décidèrent d’élire leur propre patriarche…”

Les disciples de st Maron se firent construire à l’Est d’Apamée près de l’Oronte, un monastère au nom de leur saint maître.  Mgr Debs qui n’est pas d’accord avec le p. Lammens sur ce point écrit dans son Aljameh: ” Le premier des monastères maronites fut celui construit par les habitants de Hamath sur le sépulcre de st.Maron entre Hamath et Homs  sur le fleuve Al Rastan affluent de l’Oronte il fut appelé deir Al Ballaur…” (Al jameh, p.p.127 - 128) [4]

L’empereur Byzantin Marcien, dans l’intention de favoriser l’adhésion à la foi chalcédonienne et de gagner la sympathie des cénobites, durant la seconde année de son règne, l’année 452, fit agrandir et embellir le monastère de st. Maron. Il fut connu sous le nom de Deir Azzoujaj pour la beauté de son architecture et la splendeur de ses bâtiments. Il fut endommagé, une première fois sous l’empereur Anastase, 350 de ses moines furent martyrisés. L’empereur Justinien  premier le fit reconstruire. L’armée de justinien  II le rasa en l’an 694 et tua 500 de ses moines-il semble que ce monastère fût relevé de ses cendres et servit de résidence aux patriarches maronites jusqu’au 9 ème siècle. (cf. Boulos Jawad, le Liban, p. 251).[5]

Les moines de ce monastère et des nombreux monastères de la Syrie seconde ainsi que les fidèles regroupés autour d’eux furent à l’origine du premier noyau des “enfants de beit Maroun”.  “… Ils furent appelés du nom de st. Maron, nom seulement ses moines, mais aussi un groupe de fidèles fort nombreux…” (cf. Le père Bressius, O.F.M. dans Résumé de l’histoire de Baronius, annotation concernant l’année 407). Mgneur Debs. Ajoute: “ La conclusion de cette recherche c’est que le nom Maronite fut appliqué en premier lieu, aux moines, disciples de st. Maron… vocable donné par les adversaires de ces moines aux fidèles qui professèrent la foi de ces moines et de leur saint paton…” (Al Jameh, p. 9).

Les Maronites, écrit Lequien dans son oriens christianus ont été appelés de ce nom au 4 ème et 5 ème s. Le fait paraît quelque peu insolite mais, lisons ce qu’il dit et dans quel sens il s’oriente: “ Tous ceux qui avaient à ‏‏‏cœur de conserver leur foi catholique se dirigeaient vers le monastère de st. Maron dont les moines les guidaient dans la foi orthodoxe… Ils étaient appelés Maronites comme s’il appartenaient en particulier à la profession de foi des moines de st Maron.” (Lequien, oriens, v. 8 annexe).

A partir d’Apamée et de leur célèbre monastère les disciples de st. Maron se sont répandus le long de la vallée de l’Oronte sur tout … à Hamath et Homs. Au nord de la Syrie, ils ont habité en particulier, à Antioche… et dans toute la région appelée Al Awassem “ (Barhebreus, chroniconn, T.I. p. 270; Michel le Syrien t. I. P. 193).

L’expansion des “enfants de Beit Maroun “ continua, malgré le bref intermède de l’année 517 et les chroniqueurs citent leur présence en Syrie, d’Edesse sur le Tigre jusqu’aux montagnes du Liban couvrant des régions montagneuses telles que Jabal Al Loukam et Sanir et des grandes agglomérations telles damas Alep, Homs et Antioche et autres-ils y eurent des églises, des monastères, des prêtres et des évêques même et celà jusqu’au 13 ème siècle. (cf. Daou botros, op. Cit, v.i. p. 248). 

 

B - Chalcédoniens et Jacobites 

Au v ème siècle, l’Eglise de Syrie se divisa en deux : les chalcédoniens et les Monophysites, Petit à petit, chaque faction forma sa propre Eglise et le 6 ème s. vit une situation plus claire. Les monophysites furent connus dès lors sous le vocable Jacobites et une bonne partie des chalcédoniens connus sous le vaste titre de Melkites s’orienta vers le Maronitisme.

L’Eglise Syriaque était une, le peuple était un, au moins dans les premiers siècles. Les discussions furent d’ordre purement théologique aux quelles le peuple n’y comprenait pas grande chose. Si les responsables, prêtres, moines et évêques se disputaient le christ, le peuple, lui, était tout simplement chrétien.

“… Les Jacobites, écrit le p. Daou, demeuraient sur les mêmes lieux que les Maronites; ils vivaient ensemble, unis par l’identité de la langue, de la culture, de la liturgie et de la race, même qu’ils fussent-nominalement- séparés par la foi chalcédonienne …”.

Parfois, dit-il, le même village était habité de Maronites et de jacobites bien que chaque groupe ait eu ses propres institutions. Cette convivialité des Maronites et des Jacobites est confirmée par les textes historiques et les découvertes archéologiques (cf. Daou Boutros, op. cit, v.i. p. 235).

Les rapports de bonne entente s’envenimèrent sous Sévère, patriarche d’Antioche qui passant au Monophysisme sévit contre les chalcédoniens. Sous son patriarcat il y eut le célèbre épisode du martyre de l’année 517 - 518.

Au début du 7 siècle et sous l’empereur Héraclius, chalcédonien favorable aux “enfants de Beit Maroun“ “… Les moines de Maroun, à Membej, Homs et les pays du sud ont montré une grande sévérité, ils ont mis la main sur la plupart des églises et des monastères Jacobites. Les nôtres se sont reportés à Héraclius sans résultat… nos églises ne nous ont pas été rendues…” (Barhebreus, chronicon, cité par Daou, op. Cit, v.i. p. 242).

Les événements ont fait qu’il y ait eu une scission dans l’Eglise Syriaque mais il n’y a pas eu de rupture dans le vrai sens. Un même peuple et deux communautés qui ont continué à vivre côte à côte le plus souvent sans limites d’habitat. “ les lieux, les villages et les monastères dans les régions de la Syrie du nord… étaient habités durant les premiers siècles chrétiens par les deux factions du peuple Syro-araméen, id est, Maronites et Jacobites” (Daou b. op. Cit. Vi, p. 242).

Il est même impossible, sauf de rares cas, de faire la part nette entre les monastères ou églises appartenant à l’une ou l’autre profession de foi. Au début du 7 ème s. les historiens nous rapportent une série de correspondance entre les moines des deux fractions, correspondance qui développe un profond et véritable dialogue théologique. (Pour en savoir plus sur ce sujet, cf. L. vau, B.A.S.L.M. laris, 1903 p. 343 passim). 

 

C - Maronites et Roums 

Les chalcédoniens, restèrent-ils un seul groupe?

Les chrétiens chalcédoniens, se scindèrent  au 8 ème s. précisément l’année 728 selon le chroniqueur Jacobite tall mahri, en deux églises distinctes, Maronite et Roum.

Le p. Rorolersky, historiographe de l’Eglise orthodoxe d’Antioche écrit à ce propos:” je considère fermement que durant les six premiers siècles du patriarcat d’Antioche, les trois factions qui se le partagent aujourd’hui n’étaient qu’une seule communauté …” (cité par Daou à la p. 231 du v.i).

Nous concluons que tous les melkites, Syriaques et grecs ne formaient qu’une seule Eglise employant deux langues liturgiques différentes selon les lieux, l’Eglise Melkite.

Mgr. Debs. Fait remonter l’existence du nom Melkite au x ème s. “ je trouve que les deux vocables de Melkite et Mardaite sont de la même époque et l’un contredit l’autre; ils ne répondaient pas, au début, à une confession religieuse ou à une liturgie…mais bien plutôt à un parti civil. le silence des père et des anciens historiens, vis à vis des Melkites est connu…le nom Melkite, désignait, tout au début, tous les Syriaques catholiques, aujourd’hui, il indique les grecs unitaires et autres…”(Debs, Al Jameh, p. 37 - 38 ).

Loin des manuscrits, des imprimés et de leur poussière, le p. Daou dans son Histoire monumentale nous entraîne à sa suite sur le terrain là où l’histoire a été vécue et la main de l’ignorance n’a pas touché. Du sud au nord de la Syrie, à travers les plateaux fertiles de la vallée de l’Oronte, sur des tells plus ou moins proéminents et jusque sur la rive désertique de l’Euphrate, les belles basiliques et les constructions grandioses des six premiers siècles chrétiens se dressent encore toute fières dans la nudité du milieu et révèlent la vie prodigieuse de st. Maron, de st. Marcien et de leurs disciples. (cf. Daou le volume II de son Histoire).

Nous concluons ce paragraphe avec le p. Nasser Jemayel. Les Maronites de Syrie, sont en premier lieu, les disciples de st.Maron, leur présence en Syrie seconde le long de l’Orante précède l’invasion islamique … (cf. Nabzat Tarikhieh, p. 6). 

 

D - Les Maronites au Liban 

Au début du VI ème s. les disciples de st, Maron, “Rouhban beit Maroun”, reçurent, en Syrie, leur baptême de sang. Les monastères furent brûlés, 350 moines subirent le martyre et la communauté dut s’éparpiller. D’Apamée sur les rives de l’Oronte, les premiers émigrés prirent le départ. Les uns, à travers la plaine du ghab et les montagnes des Alaouites, atteignirent le littoral d’où ils s’embarquèrent pour l’île de chypre, alors que d’autres groupes, abandonnant les berges fertiles de l’Oronte, se dirigèrent vers les hautes vallées du Liban et les coteaux abr pts de ses montagnes. De la Syrie centrale, le transfert au Liban n’a pas été effectué en une seule fois. L’émigration, affirment les historiens, s’est étalée sur plusieurs périodes successives. (cf. Jemayel N. Ibidem).  “Les émigrants, écrit le p. Lammens, se transféraient au Liban en petits groupes; au temps de Mas’oudi: Il est, au x ème s. on en trouve des restes dans la vallée de l’Oronte hors du Liban.”(Lammens, vestiges v.II p.52).

Pour échapper aux exactions des Byzantins, les Maronites abandonnant les plaines fertiles de la Syrie, émigrèrent vers les pentes abruptes du Liban. L’émigration maronite, commencée vers l’année 517, s’échelonna jusqu’à la fin du 13 ème s. en 694, fuyant l’atrocité des armées de Justinien II qui envahissaient la Syrie mettant à sang et à feu, les monastères et les hommes, les disciples de st. Maron et les fidèles regroupés autour d’eux déménagèrent vers le sud. Ils s’établirent d’abord dans le nord du Liban, notamment aux pieds du massif montagneux des Cèdres. De là et selon les circonstances, ils poussèrent leur marche vers le centre et le sud du Liban, alors que la partie septentrionale du pays demeura leur noyau de ralliement les foules des émigrations tardives trouvèrent refuge auprès des leurs dans les sinuosités du Liban et s’y établirent avec toutes leurs instituons. Les nouveaux-venus se mêlaient aux autochtones pour ne plus faire qu’une seule communauté.

“Les nouveau venus au Liban, écrit Hitti Philippe, se sont amalgamés avec les Araméens habitants originels du pays et ensemble, ils ont crée un refuge et un abri pour les persécutés et les immigrés de la Syrie intérieure… de cette fusion est née la nation maronite…” (Hitti Philippe histoire du Liban, p.300).

Selon d’autres sources, les Maronites arrivés dans le Liban septentrional, peu avant les Mardaïtes au vII s. y avaient mené une existence précaire, persécutés, décimés par les Abbassides jusqu’à l’arrivée des Croisés, alors que leurs communautés, demeurées dans les plaines et les cités riveraines de l’Oronte achevaient lentement de se dissoudre. (cf. Lammens, la Syrie, p. 199).

Heureusement, histoire Maronite de cette période semble un peu plus sereine que ne le laisse entendre le p. Lammens “ L’idée religieuse ayant présidé à la constitution du peuple maronite, il était naturel que le patriarcat devînt son centre de ralliement, un centre à la fois politique et ecclésiastique cette situation du patriarche fut encore renforcée par les droits temporels que les Arabes reconnurent aux chefs spirituels des communautés chrétiennes… Retranché dans les escarpements de ses montagnes du Liban, le peuple maronite a pu se créer une vie propre et jouir d’une certaine autonomie” (Dib Pierre, histoire, v.I p.p. 66 - 67)

Si l’on peut appliquer les paroles du p. Lammens aux communautés des plaines et des coteaux avoisinants, dans la haute montaque les choses ont pris une autre tournure les vexations des Jacobites en Syrie et les exactions Abbassides obligèrent les survivants des Maronites du littoral et des basses plaines à se retirer dans la montagne où leurs confrères s’étaient retranchés dans une accalmie rarement troublée. “ Dans sa première période, écrit le p. François Taminé, le maronitisme ne se répandit pas par l’émigration mais bien plutôt par l’apostolat. “Quelques uns se sont leurrés disant que les Maronites sont les émigrés de Syrie. En réalité, les Maronites sont à l’origine, les habitants du Liban. Ils ont adhéré au maronitisme par le biais de l’apostolat, les groupes des émigrés maronites de Syrie les ont rejoints plus tard…” (cf.Taminé François, O.L.M., les religieux martyrs, 1977) ainsi, les émigrés du 6 s. et ceux des émigrations suivantes en se déplaçant vers le midi; n’avaient-ils fait que retrouver leurs coreligionnaires du Liban.

En l’an 685- 686, écrit Aboul-Fida, (cf. Historia anteislamica cité par Daou v. II p. 34 ), tous ces fidèles qui s’étaient ligués pour former, désormais, l’Eglise maronite” avaient élu l’un de leurs évêques, Jean Maron, au patriarcat d’Antioche…” Celui-ci prit d’abord siège à Antioche, puis fuyant l’avancée des byzantins, se transféra au monastère de st. Maron sur l’Oronte et sous la menace byzantine il se fit déménager à Smar-Jbeil au Liban. Dans ce nouveau déménagement, il emporta le chef de st. Maron relique qu’il déposa dans l’église construite par lui à kferhaï.

Les Maronites sont-ils originaires du Liban comme ils le sont de Syrie?

Les historiens sont, à ce propos, d’avis opposé: les uns affirment leur présence au Liban comme en Syrie en même temps; (Daou B. histoire, T.III, p. 25) d’autres, notons parmi eux H. Lammens, écrivent à ce sujet:” La pénétration des Maronites au Liban, arriva dans la seconde moitié du 7ème s. ils émigrèrent de la vallée de l’Oronte vers la montagne …” (Lammens, vestiges, p.51).

Le p. Lammens semble dire que si les Maronites de Syrie, se sont orientés vers les hautes montagnes c’est que le Liban, dans les recoins de la Quadisha était peu habité et non pas parce qu’ils y retrouvaient leurs frères de race et de foi comme d’autres le disent.

Nous pensons que les deux opinions se complètent. Dans sa formation historique, la communauté maronite du Liban a dû comporter deux éléments: les autochtones, “indigenous” dit Hitti ; et les nouveaux venus. Les Maronites ne sont pas “ un peuple d’une essence particulière” comme le dit Ristelhueber ils ne sont en fait que l’un des groupes Syriaques qui, sur le plan foi, a professé le dogme retenu au concile de Chalcédoine, or les Syriaques de Syrie, n’étaient pas les seuls Chalcédoniens il y en avait au Liban comme il y en avait en Syrie.

“Le peu dont on peut être sûr à propos de l’histoire des Maronites dans les premières années de la genèse de leur Eglise c’est qu’un groupe, après la formation d’une organisation ecclésiale propre sous la conduite de Jean Maron, leur premier patriarche, a émigré de la Syrie pour sauvegarder sa foi et il s’est réfugié dans la montagne libanaise où le maronitisme l’avait précédé.”(Jemayel Nasser Nabzât P. 7) 

 

 

E - La Féodalité Maronite 

Sans cesse, prise et reprise, la Syrie, pendant trois longs siècles (IX – XII s) fut mise à feu et à sang. En présence de ces luttes continuelles, les Maronites renforcèrent leur organisation sociale et militaire afin de maintenir leur autonomie même relative sous la double direction de leurs prêtres et de leurs grands propriétaires fonciers. Les Maronites s’organisèrent fortement en un petit peuple  féodal.. “(Ristelhueler, op. Eit. P. 12). Et c’est ainsi que les grands propriétaires du Liban furent amenés à prendre, de plus en plus, le rôle de chefs qui combattaient à la tête de leurs paysans, devenus leurs soldats. L’aristocratie terrienne se transforma en l’aristocratie militaire des Emirs et des Cheikhs. (Ristelhueber op. Eit. P. 14).

La féodalité terrienne du Liban différait totalement de la féodalité officielle en Syrie. Les seigneurs du Liban n’avaient pas de terres en usufruit-Iqtah- comme les chefs militaires ou les wâlis aux quels l’Etat léguait les revenus d’un territoire contre payement d’impôts ou service militaire. Les Conquérants, califes, sultans ou émirs donnaient des “igtahs” à leurs généraux et à leurs employés supérieurs. Ceux-ci les subdivisaient en régions qu’ils distribuaient aux entrepreneurs.”(Hitti, Hist. De Syrie, v.II p.262). La classe dirigeante, chez les Maronites, était formée de gros propriétaires fonciers. La terre leur appartenait en propre. Ils la cédaient saison nièrement aux paysans, contre une part déterminée du revenu, sauf de rares exceptions, les paysans maronites ne furent presque jamais les cerfs attachés à la glèbe du maître. Ils furent souvent propriétaires eux-mêmes de leur parcelle de terre, (cf. Kerd Ali ; Khitat II, p. 13 -15), ou bien ils étaient les métayers du maître d’où l’emploi du terme “Charig” ou co- propriétaire dans les traditions de la Montagne. Ce genre de féodalisme terrien, enrichissait les gros propriétaires tout en permettant aux paysans de vivre dignement et honnêtement.” La population des centres ruraux dans la montagne, était organisée en groupes autonomes dirigés par une classe composée de gros propriétaires appartenant à des familles dirigeantes depuis une haute antiquité…une nouvelle classe de petits propriétaires vit le jour et elle était la plus nombreuse.”(Tchalenko, villages, v.I p. 417).

Une autre conséquence de ce féodalisme fut de créer, entre le propriétaire et ses paysans, un modus vivendi social tout à fait remarquable. Le propriétaire, devenu chef et seigneur, avait le respect de ses sujets- paysans, car, une fois au travail, ceux-ci tout fiers, ne se sentaient point lésés dans leur dignité d’êtres humains. Cette libéralité dans la société maronite aiguisa, chez ce peuple, le sens de l’honneur, l’attachement aux traditions, le sentiment de l’indépendance et rendit la fierté du montagnard Maronite aussi légendaire que ses cèdres immortels. Le sens de l’honneur, la fierté du caractère, l’attachement à la famille et la fidélité au pays et au clocher créèrent chez ce people “un patriotisme local extrêmement vivace en même temps qu’un patriotisme national qui trouvait –et qui trouve toujours- son expression la plus complète dans l’attachement à la personne du Patriarche” (Ristelhueber, idem.ibidem).

Obligés de lutter pour sauvegarder ce qui leur restait d’indépendance, les chrétiens du Liban sentirent la nécessité d’unir plus intimement leurs efforts en se regroupant davantage et de se choisir, parfois, un chef unique afin de mieux coordonner leur défense. Tandis que la Syrie retentissait du fracas des armes (fin XI s) la plupart des évènements qui se déroulèrent autour d’eux, ne parvinrent guère, à modifier, sensiblement, la situation des Montagnards maronites. (Se référer à Ristelhueber, op. Cit. p. 15)

Le premier soin des Maronites, à travers les vicissitudes de leur interminable périple, fut, toujours, de s’organiser pour le culte au Liban, ils ne manquèrent point de prêter leur attention au service religieux. Au milieu du VIII èmes. On y trouve déjà des églises maronites, comme celle de Mar Mama à Ehden, bâtie en 749. (Addouaihi, Manarat, p. 103. Cette église est la 1 ère datée elle n’est pas la première église maronite, il y en a d’autres plus anciennes.).

“Fortement groupés, autour de leur clergé et de leur patriarche les Maronites constituent donc un petit peuple d’une essence très particulière. La vallée sacrée de la Kadisha, creusée de cellules d’ermites, les cèdres des hauts sommets, symboles de leur vitalité et de leur indépendance et le monastère patriarcal de Kannoubin, perché comme un nid d’aigle, résument toute leur histoire. “ (Ristelhueber, idem ibidem)

 

 

F- Les Maronites au Cobiath 

Au nord-est, Liban et Syrie ne forment géographiquement qu’une seul étendue et la frontière actuelle au niveau du waar est trop artificielle pour délimiter le terrain dans une nature déserte et unie- le p. Tallon écrit dans ce sens:” Le Ouadi Abou Khaled est un district frontalier par excellence puisque le cours d’eau qui en sort coulant vers l’ouest forme la frontière entre le Liban et la Syrie. Tant qu’il remonte la rivière le promeneur est en sécurité mais dès qu’il dépasse la source… il lui faut un guide sûr pour ne pas passer sans s’en apercevoir… au territoire Syrien… “(Tallon M. Monuments romains, p. 51). Il est d’ailleurs certain que le mouvement de va et vient de la population a eu lieu et l’échange Socio-démographique est toujours constable et actuel.

La région devait être habitée par les Araméens comme d’ailleurs toute la Syrie et le Liban des premiers siècles chrétiens.” Les araméens qui portèrent le nom de Syriaques après leur christianisation, forment le fond de la population antique du Mont-Liban, ses habitants depuis les anciens temps sont des Syriaque qui peuplèrent la région depuis le temps des rois Syriaques “ (Achchidiac Tannous, chroniques p. 9) La présence des Syriaques n’annule pas la coexistence d’autres communautés à leurs côtés. Les deux premiers siècles ont vu la domination ituréenne (cf. Lamens, p.39) tribus arabes aux araméennes sur la béqa’a et le littoral  Tripoli-tain  sous le sceptre impérial romain, pourtant les Araméens ont imposé leurs langue et culture aux nouveaux-venus et devenus une seule communauté, toute la population s’est aramisée et Hitti d’ajouter tous les Syriens, au 1 èr s. sont devenus sémites, parlant une même langue, l’araméen… “(Hitti; la Syrie I, 317) (cf. Mommsen cité par Lammens v.II p. 38).

La population Syrienne passa au christianisme et de petits groupes dispersés et rares au début, le christianisme surtout à partir de la première moitié du  4 ème siècle, fit tache d’huile. Du 5 ème siècle les moines de st. Maroun nous dit l’histoire (cf. Jemayel, Nasser, op. Cit., p. 6) sous la conduite de Ibrahim de cyr, évangélisèrent  le centre du Liban ainsi que ceux de st. Siméon ont porté l’Evangile aux araméens du nord. Jean Lassus dans Sanctuaires chrétiens de Syrie ne manque pas de rappeler “les expéditions de st. Jean chrisostome dans le Liban, celles des Markilles, l’évêque d’Apamée, cyrille de Ba’albek,… tous ceux-ci engagés dans une lutte acharnée contre le pagauisme enraciné encore dans la Montagne. (Lassus, sauctuairs…, p. 245-246).

Le christianisme s’était répandu dans le Cobiath comme partout ailleurs dans le voisinage.” Non seulement le pays était chrétien, mais l’aspect religieux dominait cet âge… Il y avait même entre le 4 ème et le 6ème siècle, un nombre de moines, de prêtres, d’évêques, de vierges et de solitaires inconnu avant et qu’on ne connaîtra plus tard. Les églises, les lieux de prière, les basiliques et les monastères étaient répandus à travers le pays suivant un nouveau style d’architecture où apparaissent les portes, les tours à cloches et les croix saillantes; on a élargi les cellules des solitaires ou bien on en a fait de nouvelles,” (Hitti, la Syrie, v.I. p. 402)

Que le akkar et le Cobiath fussent christianisés n’est plus soumis au doute. Renan dans sa “Mission” l’a dit;  “les vestiges éparpillés partout le disent, il suffit de vouloir voir…”

Les moines de st Maron qui avaient participé à  l’évangélisation du Liban et qui avaient suivi le mouvement d’expansion du christianisme avaient-ils établi quelque poste de liaison entre la Syrie et le Mont-Liban parmi les Chalcédoniens du Cobiath ? Il est toujours, aujourd’hui encore, malaisé de répondre avec précision. Ce qui d’abord fait difficulté c’est la nature très particulière de notre documentation. L’état actuel de la documentation ne le confirme pas-il est, toute fois, fort logique de le supposer.

Les Maronites ne quittèrent pas la Syrie en masse, leur émigration s’effectua progressivement et par petits groupes. La région de Cobiath, à supposer qu’il n’y en avait pas, devait constituer tout naturellement une première étape, très importante dans leur acheminement vers le Liban étant donné sa position sur les pentes orientales de la montagne, face à Homs, donc le refuge le plus proche de leur résidence initiale. Avec ses terres cultivables, avec ses sources abondantes à ne pas comparer avec les plaines de la Syrie centrale la structure montagneuse de sa géographie et sa position protégée par le dédale des vallées et des collines, devait offrir un abri à ne pas dédaigner par des réfugiés. Dans ce cas, il est naturel de penser que les moines de st Maron, vu leur ardeur apostolique attestée par leur nombre et le nombre de leurs monastères, (se référer à la lettre envoyée à Rome en 517), aient fondé quelque pied à terre parmi leurs connationaux les émigrés chalcédoniens. Nous pensons, par contre, que les “Maronites”, nom à mettre en relief vu que le vocable peut ne pas avoir existé avant le 8 ème s. sont des Syriaques, melkites chalcédoniens fils de cette bonne terre du pays et que ce district et ses voisins furent de leurs berceaux d’origine aussi bien qu’Apamée et kannesrine et ceci pour les raisons suivantes.

Tous les historiens et les chroniqueurs qui ont évoqué les faits et gestes du peuple maronite (cf. Aboul Fida, AlMassoudi) ont afirmée sa présence à Apamée, monastère st Maron, et dans toute la vallée de l’Oronte. Or cette vallée ne se limite pas aux norias de Hamath, mais prenant son départ au sud de Hirmel, à la grande source de l’Oronte elle s’insinue à travers les districts situés à l’ouest de Homs et s’étire mollement longeant le versant méridional de la chaîne côtière jusqu’à Antioche. A refaire, donc, le chemin suivi par les moines de st Maron et de leurs “fidèles” nous pouvons descendre la vallée de l’Oronte à la hauteur de Akroum-Rableh vers la Boqeia's. Du Hirmel jusqu’au point de jonction du wadi-Khaled avec la vallée de l’Eleuthère, on traverse le Cobiath, Akroum ou l’intérieur du Wa’ar.

Des vestiges de culte chrétiens s’éparpillent par centaines. Elevés sur les hauts-plateaux au abrités au sein des vallées, ils sont reconnaissables de loin. Un bosquet de gros vieux chênes- verts ou un point d’eau quelconque sont toujours susceptibles d’ombrager les restes d’un vieux sanctuaire. D’autres lieux jadis habités et dont l’abandon a effacé toute trace, révèlent leur antique destination dans les noms qu’ils continuent à porter, comme Al Knaïssé, (petite église) Addeir (Monastère), Al Mansaké (ermitage). Alssoleyib (La Croix).

A Qinia dans la partie basse du Akroum un paysage enchanteur offre la vision d’un bosquet de gros chênes touffus. Au milieu de la large vallée où l’eau des sources rare est suppléée par les citernes, les vestiges d’un ancien monastère Syriaque sont toujours intéressants à étudier. Le monument, doublé d’une chapelle du 12 ème s. doit probablement remonter aux 6ème -7ème siècles. Les rochers abrupts qui surplombent à l’ouest, le village de Sehlé, toujours dans le Akroum, la grotte de “saïdet Eddarra” (N.D.du lait) révèle une ancienne habitation monocale pareille à Mar-Licha dans la Vallée sainte ou à N.D, de Kaftoun dans le Battroun.

Les vestiges de la belle Cathédrale de Ermeneia (l’actuel Harb A’ra) n’existent plus. D’autres vestiges, au village de Knaïssé, Croix sur linteaux, chancels et inscriptions en langue Syriaque de la fin du 6 ème s. tous ces restes fournissent plus d’une preuve incontestable de leur appartenance aux trois siècles qui précèdent l’entrée de l’islam en Syrie.

Dans le Hirmel, à côté de la source principale de l’Oronte on peut encore visiter les restes d’une antique demeure monacale. Les chroniqueurs du Moyen-Age désignent  le lieu sous le vocable Magharet Erraheb”. Le p. Lammens qui a été sur les lieux il y a plus d’un siècle écrit dans ses vestiges (Lammens, vestiges…, v.I. p.110) que les Maronites l’appellent Deir Maroun “ et que la montagne qui le domine avec les terrains adjacents sont propriété de l’ordre Antonin Maronite et que quelques uns de leurs moines y vivent encore. Le p.Lammens ne confirme pas la paternité maronite du monastère mais il ne le nie pas non plus. Le monastère et son domaine appartiennent aux Antonins et leurs moines y vivent encore! Si le p. Lammens ne décline pas ouvertement l’identité maronite du “Deir Maroun” au Hirmel, Mgneur Dibs l’énumère parmi les monastères des moines maronites du 6ème siècle “nous avons mentionné antécédemment que leur grand monastère se trouvait au bord de l’oronte… et qu’ils en avaient un autre à la source de l’Oronte.”(Debs, Aljameh, p. 8).

Le p. Daou (cf. Histoire…, v.III, p.199) énumère Deir Mar Maroun au Hirmel parmi les Stations Maronites sur la route Romaine reliant Homs à Akoura via Baalbek.

“L’une des stations principales entre les plaines de la Syrie et les montagnes du Liban, Deir Mar Maroun… ce monastère situé à mi-distance environ entre Homs et Baalbek”.

Celui qui traverse le Hirmel pour gagner la Béqa’a peut se donner le loisir de s’arrêter quelques instants avant d’enjamber le cours de L’Oronte pour contempler à sa droite un long promontoire rocheux percé de grottes faites à mains d’homme. Tombes anciennes ou autres ces grottes ont été adaptées comme cellules de solitaires.

Le monastère maronite du Hirmel était-il la seule station des moines sur le versant nord oriental du Liban?

Le chroniqueur arabe du xème s. Al Massou’di, relate la présence des Maronites dans la Damascène, au  Mont-Liban, Sanir et “Homs et ses districts “. Parmi les districts dépendants de Homs, le p. Daou, (hist. V. II p.26), transcrivant le géographe Ibn Khordaabé énumère, non seulement Apamée et Kafartab, mais aussi Joussieh, Liban et Ach.Chaa’ra. Or, située entre Achcha’ara et Joussieh, la région de Cobiath de par sa situation même, ne devait pas manquer d’être habitée par les Syriaques chalcédoniens et d’avoir parmi eux quelques noyaux maronites.

Cette affirmation du p. Daou, est enfin confirmée par des historiens modernes. L’historien damascène Mohammad Kerd Ali, dans le volume six de ses monumentales Khitat Achcham, développe brièvement et objectivement le passé du maronitisme et finit par écrire:’ après cela, les Maronites initièrent leur émigration vers les régions voisines, certains mirent pied dans les montagnes du Akkar et y bâtirent des villages, alors que d’autres continuèrent leur marche vers le sud, vers le nord du Liban… “(Kird,Ali, Khitat,v. vI, p. 230 passin) un papier manuscrit datant du début du siècle dernier et que nous avons lu dans les archives du feu de l’archiprêtre de Mart-Moura, un quartier de Cobiath, jette des lueurs sur la situation des Maronites dans la région de Cobiath vers la fin du VIIème s. “Les armées de Justinien II, dit le texte, après avoir envahi et brûlé les monastères et les églises des Maronites et après avoir tué les vénérables moine du Wa’ar et Achcha’ara, après avoir rasé les refuges des cénobites au Akkar et détruit les fortins et les tours et s’être approprié le village de Chouita dont, ils firent un abri pour eux en cas de besoin; après avoir délogé les Maronites de leurs positions,  ils obligèrent ceux-ci à chercher refuge dans les imprenables montagnes de Liban où ils les poursuivirent jusqu’au bas-côté de Amioun”[6]. Nous ne saurions dire où le savant archiprêtre a puisé ses connaissances puisqu’il ne les cite pas, pourtant la moindre valeur du texte consiste en ce qu’il témoigne d’une tradition séculaire et qu’il éclaire un point d’importance primordiale pour notre étude.

Il confirme ce que nous venons d’affirmer plus hauts: les Maronites Habitaient la région avant d’être obligés de la quitter pour les montagnes du Liban et que ceux-ci ne faisaient point partie des dernières émigrations Syriennes, preuves en sont les monastères brûlés, les cellules détruites, les fortifications rasées et la tuerie des moines… l’armée byzantine a dû faire sa retraite du pays et les Emirs maronites de la montagne, au témoignage de Addouaïhi, élargirent leur domination de Jbaïl à l’ouest jusqu’aux confins de Homs. “ Le territoire des Maronites s’étendait des confins du chouf jusqu’au pays de Dreib” dit la chronique des No tables du Mont-Liban. (Achchidiac Tannous, Chronique, p. 9;). Les horreurs causées par l’armée de Justinien II avaient donné le coup de grâce à la présence maronite massive dans le Cobiath mais ils n’en avaient pas vidé le pays. Soit que quelques rares agglomérations sur vécurent à la tempête perdues dans les recoins de la région, soit que quelques familles aient réintégré leurs propriétés, une fois la tempête apaisée, des Maronites restèrent dans le pays.

Dans le district de Cha’ara , dit-on le village de Hālāt ou Hlat , situé sur la rive opposée de l’Eleuthère, face au château du félicium, donna aux Maronites, au début du XII siècle un grand patriarche, Grégoire de Halat. Dans le cobiath même au bas du quartier moderne de Gharbieh et au fond d’une large vallées, des vestiges, réduits aux décombres d’un vieux moulin et aux Soubassement d’un ancien village, portent le nom de Chama’a. Ils sont indiqués, par les gens du pays, comme l’emplacement de l’antique Cobiath. Ce village a donné, lui aussi, naissance, mais au début du XI s., à un prélat maronite, évêque et écrivain (a)

Ainsi, à cheval entre Tripoli et Homes, subissant le flux et reflux des contingences politiques et militaires régionales.

                        (1) Une note de Mgr. Zraïbi écrite en marge du livre cité plus haut , donne la traduction suivantes: “ le patriarche Al-Halati, est originaire du village de Halat Ach-Cha’ara. C’est le patriarche Grégoire trois; il est du douzième siècle. “ Au rapport de Douaïhi, il était patriarche en 1130, il envoya une ambassade auprès du Pape Innocent II et fit sa soumission et celle de son peuple au Saint-Siège, entre les mains du légat pontifical, le cardinal Guillaume, dans la ville de Tripoli (Debs, Histoire de Syrie, ch. II, N. 85, *, p. 168). Le boarg actuel devait être important, vu les vestiges de ses six églises canoniques. On vient d’y découvrir un moule pour hosties de type latin. Il doit, probablement, remonter à la période franque.

                        (a) A propos de cet évêque, nous traduisons une note du même Mgr Zraïbi, écrite en marge du même livre: “Il se trouve dans un livre manuscrit en Karchouni, appartenant au moine Daniel, qui vivait au couvent de Deir-Jannine (akkar), que l’évêque Daoud était originaire du village de Cobiath (Akkar) avec une liste complète des oeuvres écrites par ce dernier”.

Les communautés maronites du Cobiath, douées d’un esprit malléable, sont réussies à se maintenir, jusqu’à nos jours, malgré le passage continuel des conquérants dans la région.

 

E) Echos en Occident :

Pour conclure ce Chapitre sur la situation de la chrétienté du Moyen-Orient avant l’avènement des Croisés, nous empruntons quelques lignes à Monseigneur  Youssef  Dibs:

“ Les Califes alaouites Fatimides s’emparèrent du pouvoir en Egypte et disputèrent aux califes abbassides la domination de la Syrie… Il y eut parmi les Alaouites, le calife Al-Hakem qui persécuta les chrétiens, les Juifs et quelques musulmans.

Il rasa leurs lieux de culte, brûla même l’église du Saint-Sépulcre, il interdit aux chrétiens de faire le pèlerinage de Jérusalem avant d’avoir payé, au préalable, des taxes considérables”[7].

Les échos de ces évènements se firent entendre en occident.

“Les pèlerins parvenus au terme de leurs épreuves sont témoins de la misère des habitants, des dégâts accumulés, des églises que la conquête turque de pays byzantins a fait transformer en mosquées, des provocations d’un Artouq criblant de flèches la voûte du Saint-Sépulcre”[8]

En occident , la force de cristallisation et d’enthousiasme créée par l’idée de guerre sainte et de délivrance des lieux Saints, redoublée par la misère, l’appât du gain et l’esprit d’aventure, constituèrent un climat favorable à la Croisade.

 N’oublions pas toutefois, qu’en dernier ressort, c’est l’anarchie, régnant en Orient, qui a excité les convoitises de l’Occident et permis l’installation d’un nouvel empire Latin au sein même de l’islam arabe.


[1] Ce dernier se montre critique âpre et pas toujours bienveillant : se rappeler à ce propos la célèbre discussion avec Mgrs. Debs, discussion fort animée sur les pages de la revue Al Machreq, au début du siècle dernier.

[2] SALIBI KAMAL, les Maronites, Figure historique, conférence du mois de septembre 1969.

[3] THEODORET DE CYR, histoire des cénobites de Syrie- lire à ce propos l’article intitulé: il fleurit comme un palmier,  publié dans la revue arabe Al Mimbar, n° 3279 du  9 novembre 1986

[4] Récemment, nous avons entendu dire dans la région de Rastan, qu’on y avait retrouvé les restes du monastère sur la berge nord du lac. Nous n’avons pas pu nous en assurer.

[5] Le p. Daou, n’est pas de l’opinion du p. Lammens quant à la construction du monastère de st Maron…” il est clair d’après Aboul Fida - écrit-il- que l’empereur byzantin a construit, non pas agrandi le monastère de saint Maron en la seconde année de son règne…” “… l’autre raison qui porta l’empereur... à construire le monastère en ce lieu limitrophe du désert… travailler à évangéliser les Bédouins, ils étaient presque tous païens…” (Histoire, T.I. p. 145-160-161).

[6] (Le texte est écrit de la main de Monseigneur zraïbi en marge de la page 169 du livre I de l’histoire de l’Eglise Syro-maronite d’Antioche du p. Achchababi Mikhaïl, Baabda 1900).

[7] Debs Youssef, Histoire de la Syrie,  N° 812

[8]  Canen Claude, La Syrie du Nord, P. 199; Hitti Philip, la Syrie, Volume II.p. 221.

 

Table des MatièresPartie1-Chap1Partie3-Chap1Partie4-Chap1
 Partie1-Chap2Partie3-Chap2Partie4-Chap2
IntroductionPartie1-Chap3Partie3-Chap3Partie4-Chap3
  Partie3-Chap4Partie4-Chap4
 Partie2-Chap1Partie3-Chap5Partie4-Chap5
 Partie2-Chap2Partie3-Chap6 
  Partie3-Chap7Conclusion

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