Table des Matières

Table of Contents

Dr. Père Cezar Mourani ocd

Nouvelle Edition 2002

 

L'Architecture Religieuse de Cobiath (Kobayat) sous les Croisés

 

DEUXIEME PARTIE

CASALS ET CASTELS FRANCS AU COBIATH

 

Chapitre II

 

Châteaux Francs au Cobiath

 

 

Les orientalistes tendent généralement à concentrer les positions fortifiées croisées autour du Crac des Chevaliers laissant ainsi à découvert un immense espace extrêmement vital pour la défense du Comté. Entre le Crac et Akkar, entre Homs et Arqa, un territoire de plus de 100 km de longueur sur une largeur minima de 50 km laisse Arqa et Tripoli à la merci du premier entré par le défilé Cobiathin. Nous avons déjà signalé la présence des routes naturelles qui sillonnent le pays par le biais du vallonnement géophysique des reliefs et la facilité du passage à travers le Cobiath[1]. Si le Guibelacard bloque la région, du côté de Fneidiq; et le Crac bouche la “ trouée de Homs”, dans la direction de Tartous, la position des deux châteaux ne leur permet nullement d’avoir une maîtrise parfaite sur le territoire médian d’autant plus que les 50 km de terrain qui les séparent sont trop accidentés pour permettre une surveillance  raisonnable. Si le château du Felicium  était sensé surveiller la vallée de Nahr-elkébir et le haut-plateau qui relie la Boqeiàa à Arqa par Chadra-Tleil-Halba, passage caravanier appelé jadis “Tariq-ed-Dreib” (route de Dreib, ou mieux, la petite route); la route menant de Halba vers l’intérieur syrien par la vallée du Nahr-Oustouène-Cobiath-Akroum, restait à découvert,; 50 km en effet, de montagnes et de vallées, se dressaient comme un dédale incontrôlable entre le château du Akkar et celui du Crac, permettant un accès facile aux armées d’invasion, ou bien, aux incursions ennemies, sans que les gardiens des deux châteaux s’en aperçussent. Pour cela, il fallait ça et là bloquer les passages stratégiques, multiplier les tours de garde et les postes-Vigies. Tout ceci nous amène à penser que le défilé cobiathin, extrêmement sensible, était fourni de nombreuses fortifications.

 

 

 

Trois Lignes de fortifications

 

Ces fortifications formaient, du Nord au Sud, c’est à dire dans le sens de la largeur, trois lignes de défense échelonnées sur une distance sensiblement égale et bloquant les passages les plus délicats de la frontière. La première ligne était certainement la plus solide vu qu’elle était la plus avancée face aux villes musulmanes de la Syrie. Les armées d’invasion islamiques se regroupaient généralement aux alentours du lac de Homs et “à partir de la rive droite de l’Oronte, pouvaient aisément envahir le domaine chrétien et attaquer les grandes villes de la côte”[2]. Les Francs prirent les mesures de sécurité nécessaires et construisirent un réseau d’ouvrages fortifiés pour protéger toutes les voies traversant la plaine du Akkar. Deux forteresses surveillaient le passage qu’on appelle la “ trouée de Homs”. Perché sur l’un des derniers contreforts septentrionaux du Liban, le château du Akkar, appelé par les Francs, Gibelacar, Guibelacar ou Guibelacard, à 700 mètres d’altitude, dominait le sud de la Boqueiàa. Le Crac des chevaliers, dressé sur un éperon du Jibal-Nsairyeh, à 670 mètres, est situé à l’extrémité nord de la Boqueiéa. Face à face à 30 km à vol d’oiseau, ces deux forteresses fermaient comme une tenaille l’accès du territoire chrétien. Il est vrai que, du château d’Akkar, juché sur un promontoire presque inaccessible, le regard pouvait embrasser un vaste horizon et que la position du château permettait de communiquer à vue d’oeil avec le forteresse de la plaine et les villes de la côte, pouvant, par des feux allumés sur une tour, signaler les mouvements de l’ennemi. Mais il est vrai aussi que la tenaille, formée par les deux grandes forteresses, s’avérait manquer de dents sans les autres ouvrages fortifiés qui jalonnaient la contrée. Aussi, affirme P. Deschamps: “Entre Akkar et le Crac, des forts gardaient les accès vers la plaine de la Boquée[3].

 

 

A.                Première ligne de défense

 

Ce premier barrage se plaçait donc au sud du Crac pour fermer les accès vers Tripoli par le Cobiath. Il comprenait, outre les deux grands châteaux-forts déjà mentionnés, c. t. d. le Crac des Chevaliers et le Guibelacard les forteresse du Felicium, Melechin, Lacum et le Castellum Bocheae.

 

“Le Felicium ou Qalaat-el Felis, posté sur une colline, au confluent du Nahr-el Kébir et du Nahr-Menjez, surveillait, écrit P. Deschamps, le cours du grand fleuve et au sud, une route conduisant vers Tripoli par el Biré et Archas, ainsi qu’une autre route allant de la Boquée à Akkar par Andaket et Qoubayat. C’était donc un passage de Tripoli et d’Archas vers l’Oronte que contrôlait ce fort. Il semble qu’il communiquait à vue avec le grand château de Safitha… Il reste quelques vestiges du fort du Felicium. On y voit des pierres taillées à bossages”[4].

 

Dussaud avait fait la même proposition dans un article publié dans la revue Archéologique de 1897 et l’identification fut acceptée par H. Lammens[5].

 

L’identification du Felicium proposée par Dussaud n’a pas suscité d’opposition notoire parmi les médiévistes. Mais la position du château-fort, dit Lacum ou Latum, reste toujours à retrouver.

 

La charte de 1142 rapporte la donation solennelle du Felicium et du Lacum aux Chevaliers de l’Hôpital. On énumère un bon nombre de châteaux et de casaux, comme on y cite aussi des donations d’un autre genre telles que maisons, vignes, jardins, fours et moulins.

“…dedi, concessi, ore et corde Laudavi sine aliquo retentu juris vel dominii, Cratum et castellum Bochee cum omnibus pertinentiis suis… et Felitum et Lacum cum omnibus suis pertinentiis… Similiter quidem, assensu et voluntate Gisliberti de Podio Laurentii et uxoris sue Dalgoth, prelibate domui pauperum Christi dedi Felicium et Lacum cum omnibus suis pertinentiis… que mille bisantios ab eis emi… “ .

 

La position du Felicium identifiée, celle du Lacum reste à retrouver. Dussaud a proposé Akkoum. Deschamps propose Tell Kalakh: “ Lacum doit être identifié avec le village de Tell Kalakh, situé au Sud, au pied de la montagne que couronne le Crac. On y voit les restes d’un ouvrage fortifié. Situé sur une légère éminence, il surveillait la plaine et la route de la mer[6] “. La proposition de Deschamps nous semble manquer de preuve suffisante et le rapprochement fait par Rohricht entre Lacum et el-Akama, malgré les ressemblances phonétiques ne tient pas debout vu la distance entre les deux positions. Dussaud “a entendu parler d’un site… “, Il n’a pas vu; pourtant sa proposition nous semble vraie. Le rapprochement phonétique entre Lacum et Akoum est frappant. La traversée du Jabal Akroum par le Cobiath, possible en toute saison, constituait, cependant, un point névralgique dans le système défensif oriental du comté, et, ne devait point rester sans défense. La simple logique imposait, par ailleurs, la surveillance de ce passage extrêmement sensible. Sur la crête d’une colline dominant le petit village d’Akroum, sont toujours visibles les vestiges d’un ancien temple romain. Les structures de ce temple ont été remaniées. Le Père Maurice Tallon[7]a noté le fait sans l’expliquer. Sont-ce les Croisés qui ont remanié le temple pour en faire une place forte comme ils ont fait ailleurs[8] ? Les ruines des anciens temples romains couvrent littéralement le sommet d’un vaste éperon. Elles sont appelées “Qalaat-El Hossein” (château-fort). D’après le témoignage des indigènes, les temples ont été utilisés par les armées de Ibrahim Pacha d’Egypte, et réutilisées, plus tard, par l’armée libanaise. Les installations militaires sont toujours visibles au sud des temples. Mais, à notre avis, elles semblent beaucoup plus anciennes que le XIXs. Et faites pour une permanence durable. Or, nous savons que ni l’armée du Pacha d’Egypte ni celle du Liban n’y ont pas séjourné trop longtemps. Le remaniement paraît possible surtout que sur la colline d’en face, à l’est du temple, sont toujours repérables, quoique fort malmenés, les vestiges d’un qassre. Les indigènes appellent le site “Qassre el Amira” (Château de la princesse). Le site est idéal sur le plan stratégique. Il surveille une vaste région et contrôle parfaitement un passage toujours pratiqué vers le lac de Homs, ainsi que la partie médiane du Ouadi Khaled. Deux autres fortins fermaient les mailles de cette première chaîne défensive: le Castellum Mélechin et le Hissn el-Ouadi; Mélechin est cité dans un acte daté de l’année 1181, dans lequel Raymond III de Tripoli fait don à l’Hôpital d’un vaste territoire situé à la limite extrême-orientale du comté: ”…Concedo totam terram que intra divisiones submonitas continetur; videlicet a pede montanorum in quibus est Castellum Melechin situm usque ad caveam de Memboa…”[9].

 

Les médiévistes, ayant confondu Memboa avec Maou’a à 17 km à l’est de Malekieh, avaient proposé pour Melechin Malekieh, entre Mysiaf et Rafanée.

 

Mais, depuis, Jean Richard a éclairé la question d’un nouveau jour. Ayant identifié la position de la Memboa des textes latins avec le site d’el-Membouha près des sources de l’Oronte dans la Béqaa Est, et, renonçant, par conséquent, à Malekié près Mysiaf, Jean Richard propose donc de situer le castellum Melechin à la qalaat el Borj, ruine dominant la passe de Ouadi-el Meis qui monte de la Boqeiàa vers Homs à l’est du massif du Jabal Akoroum[10]. Deschamps appuie l’opinion de J. Richard et propose le même site ajoutant qu’il se trouvait à Mechleh. Le rapprochement phonétique est raisonnable, pourtant nous nous demandons où est-ce que le célèbre orientaliste a pu dénicher un tel nom puisque aucune carte géographique, ni libanaise, ni syrienne n’en fait mention. Une enquête menée sur le terrain nous a confirmé, par ailleurs, que les anciens de la contrée n’ont jamais entendu parler d’un tel nom. Est-ce que Deschamps a entendu le site de Deir-Chih pour Mechleh? Ou bien a-t-il pris Tell Chlouh pour le même phonème?

Deir-chih se trouve à Awadé, hameau aux maisons éparses au pied de la colline du château. A l’entrée du village, du côté sud-est, il y a une source. Celle-ci rafraichit un vieux bosquet qui ombrage un Wéli. La source porte le nom de “Naba Deir Chih “. Le site de Tell Chlouh est bien loin, au nord-est de la Qalaa sur le territoire syrien et rapprocher les deux sites de quelque vingt kilomètres nous paraît impensable.

 

 

1.                 La Qalaat-el Borj, castellum Melechin:

 

Le château se trouve sur un mamelon rocheux fort élevé.

Il se dresse presque à égale distance entre Mqaïblé au Nord-Ouest et Amayer à l’Est. À l’arrière-plan, et du sud au nord, s’allonge le Jabal Mallah ou Maleh. Du haut de la crête, on voit, à quelque distance sur la côte nord-ouest de la plaine et au-delà de Nahr-el Kébir, la blanche silhouette du Crac des Chevaliers. Le château est plus petit que celui du Felicium. Construit en pierre blanche doublée, sur ses côtés sud et Ouest d’un parement extérieur en basalte, le fortin ne garde plus que quelques pans de mur délabrés. Le château est sans aucun doute d’appartenance franque. Même s’il ne présente point de pierres à bossage, on y voit encore les vestiges de la chapelle croisée du château, construite en pierre noire et, dont l’hémicycle intérieur de l’abside se conserve jusqu’à un peu plus d’un mètre, on peut toujours admirer, sur le sol, à côté du donjon, le linteau du portail orné d’une croix fleurdelisée, flanquée de deux autres symboles presque effacés. Le Borj présente toujours des pierres à taille franque, reliées par la même composition de ciment employé dans les autres constructions croisées du pays. Le spectacle des canalisations qui conduisaient l’eau de pluie dans les citernes est impressionnant. Les tuyaux en poterie, victimes de l’ignorance, laissent une trace indélébile à travers les rainures béantes creusées dans le rocher. Les citernes, par ailleurs, sont fort originales. Au lieu de perdre leur temps à les tailler ou bien à les construire. Les Francs se sont avisés de mettre à profit de larges fentes naturelles qu’ils ont cimentées, créant ainsi de vastes réservoirs à l’air libre; ce système a été employé par les croisés au fortin de Tallet-el Qabou situé à Mhaïri à 25 km à l’Est de Castel blanc de Safitha.

 

Posté à l’estuaire du Ouadi Khaled, le Mélechin pouvait aisément surveiller la partie Sud de la vallée de l’Oronte, non loin de ses sources et bloquer à la fois l’un des passages vers Homs et contrôler la partie méridionale de la Boqeiéa. Le site, ainsi identifié et placé face au Waar syrien, expliquerait mieux le texte de la charte “ terram que a pede montanorum in quibus situm est castellum Melechin”.

 

 

2.                 Harbaara-Hosn’el Ouadi:

 

Le Ouadi Khaled était, par ailleurs, bloqué, quelques kilomètres avant son point de jonction avec la plaine de la Boqeiéa par un autre fortin, appelé “Hosn’el Ouadi”. “ Le Hisn-el Wadi, écrit Dussaud, est peut-être Wadi Khaled, site ruiné sur le fleuve du même nom et placé sur la route qui, venant de Tell Nebi Mend (Qadech) se dirige vers l’Ouest ” [11].

Où se trouve-t-il au juste? La description de Dussaud, malgré ses coordonnées, reste assez vague. Nous pensons que le lieu indiqué par l’archéologue n’est autre que la qalaa située à peu de distance au Sud de Harbaara. Le fortin, posté sur un mamelon ras devait garder la route vers Qadech et bloquer la rive Est du Ouadi Khaled. Placé à environ une heure de marche à l’Est du Melechin-Qalaat el Borji, le château est complètement effacé. Il n’y a plus, qu’un amas de pierres enterrées, le nom sur la carte militaire au 1/20,000 de l’E.M. Libanais, et, le souvenir vivant dans la mémoire populaire.

 

 

 

B.                Deuxième ligne de Défense

 

La deuxième ligne de défense, échelonnée en largeur, est placée presque à mi-chemin entre Hosn-el Akrad et Arqa. Du Sud au Nord, cette seconde chaîne, comprend les châteaux d’Akkar, le Borj Tybo ou Taybo et le château d’Albe.

 

Le Guibelacard se dresse sur une esplanade rocheuse dans la partie haute de la ville d’Akkar-el Atiqa, au pied du Jabal Qammouaa. Le château se profile, actuellement, au loin, parmi les habitations de la profonde et large vallée, comme un “ras” projeté dans une mer de verdure. Le Guibelacard ferme solidement la route de Homs-Arqa par Rablé et Fneidiq.

Le château a été longuement étudié par les médiévistes[12].

 

1.                 Le Borj Tybo:

 

Un autre fortin est cité dans le traité de 1282, traité conclu entre le sultan d’Egypte Qelaoun et les Templiers de Tortose[13]. Le traité énumère les possessions du sultan: Hosn-el Akrad, Safitha, Miaar, Areimé, Halba, Arqa, Taybo, Qoulaiat.

L’ordre géographique rapporté dans cette charte implique la recherche du site dans la région de Arqa. Dussaud lui-même propose le village de Cheikh Taba “ à l’Est de Halba”. “Or il existe une localité du nom de Sheikh Taba, à peu de distance à l’Est de Halba qui doit être transformation en un Sheikh imaginaire du nom de Tayibou “(Dussaud, Topographie, p. 91).

 

Pour Tybo, prononciation que nous préférons à Tayibou, nous proposons un site extrêmement stratégique à l’Est de Majdal, au point de rencontre de deux vallées : le Ouadi Cobiath et celui de l’Oustouène sur le fleuve homonyme. La carte militaire de L’état-Major libanais au 1/50,000 mentionne dans ce lieu une Khirbet Tibo et une Qalaat Tibo. Les vestiges rémanents indiquent un poste  de peu d’importance. Les fondations actuelles reviennent tout au plus à un fortin, à une tour de garde. La place d’un poste-vigie sur ce plateau, presque à mi distance à vol d’oiseau entre le Akkar et le Felicium, n’était pas à dédaigner surtout que le passage à ce niveau le long du Nahr-Oustouène pouvait être mal contrôlé par les deux château-forts sus-mentionnés. Les vestiges de la tour ou Borj sont toujours reconnaissables. Quelques pans des murailles Sud et Nord se dressent dans le vide, visibles à distance. Les pierres des parements intérieurs et extérieurs ont été arrachées. Il ne reste plus que le spectacle désolant de “l’âme” des murailles: de petits moellons noyés dans le ciment typique de la période franque. Un fortin est mentionné par Douaihi dans  “la terre du Joun “ au-dessus de Borj Tyb ou Tayb… “ (Annales, p. 513) serait-il le Borj cité dans la charte de 1282?

 

 

2.                 Le château d’Albe :

 

Au Nord de ces deux forteresses, nous avons reconnu les restes d’une Qalaat. Les vestiges, quoique fort bouleversés et démantelés, la forteresse ayant servi de carrière à la construction de certains palais appartenant aux beys du Akkar, situés dans le voisinage, ces vestiges laissent toujours place à une étude plus approfondie. Placé sur la crête d’une colline, le site domine, au Nord, la vallée du bas-Eleuthere, vers son ébrasement sur la plaine côtière du Akkar et, au Sud, le Ouadi Dlab. Située à un quart d’heure de marche du petit village de Ouadi el Haour et constituant le point axial du triangle, Qachlaq-Srar-Janine, la forteresse porte, sur la carte d’el Bireh au 1/20,000, établie par l’E.M.L en 1962, le nom de “el Qaláa”. Dans le pays le site est connu, indifféremment, sous une double dénomination;  par les uns, il est appelé ‘ Qalaat Nejemet es-Souhour” (château de l’Etoile de l’Aurore), et par les autres “Qalaat Dláb “. Le premier, est sans doute, un vocable féerique cher à l’imagination populaire, puisque la Nejmet es-Souhour n’est autre que le nom d’une fée. Quant au second, il pourrait être de quelque valeur. La forteresse a-t-elle emprunté son nom au Ouadi adjacent et la Qalaat Dlab ne serait, le cas échéant que la qalaat ed-Deleb (château des platanes): “ À 25,50 km (de Tripoli) se place Halba, séparé par un Ouadi du village du Cheikh-Mahmoud. Halba constitue le second poste du triangle stratégique dont nous venons de parler. Quant au troisième, c’est le village de Qleia’at que les Croisés appelaient la Colée -coup du revers de l’épée porté sur l’épaule du récipiendaire dans l’ordre des chevaliers-. Il ne reste plus là, aucun vestige du “château d’Albe“ qu’au Moyen-Age se disputaient, violemment, musulmans et Croisés”[14]. A l’opposé de presque tous les orientalistes qui font coïncider Halba et Albe, Mr. Jamil fait une franche distinction entre les deux sites et place résolument le “ château d’Albe” dans la région de Qleiaat.

 

Faisant notre, cette affirmation nous proposons de placer le “château d’Albe “ à “ El Qalaa”. Dans le cas contraire, où chercher le célèbre château? Quel serait le vrai nom de cette qalaat et surtout, comment expliquer le nom actuel de “Dlăb”, la prononciation locale étant bien significative?

 

 

 

 

C.                Troisième ligne de Défense

 

Quant à la troisième ligne de fortifications franques qui défendaient le passage vers Tripoli par la plaine du Akkar, la maille centrale de ce réseau militaire était formée de la ville-même de Arqa. Lors de la marche en avant de la première Croisade, les Francs trouvèrent là une ville forte au milieu d’une contrée prospère…“[15]. Au Nord-Est de Arqa, la ville actuelle de Halba formait le premier maillon d’un triangle défensif dont l’angle septentrional était le fort d’el Qleiat. “Cette petite forteresse est assise sur une colline basse qui commande au loin la plaine maritime “[16](Rey, colonies, p. 131). Il semble que la place faisait partie d’un ensemble de fortins -d’où le pluriel arabe-reliés par un mur. Ces fortins n’existent plus que par les noms des éminences ou tells qui les portaient et qui contemplent aujourd’hui la mer mystérieuse de Joun Akkar. Le château est “ un ouvrage qui n’a joué qu’un rôle effacé dans l’histoire parce qu’il ne commande pas un point stratégique très important. “(Rey, idem, 132). Malgré cette affirmation de Rey, la place formait avec Halba et Arqa un triangle  stratégique défendant Tripoli. Leur chute, dit-on, était le prélude indispensable à celle de Tripoli.


 

[1] Se reporter, le cas échéant, à l’Introduction de ce travail.

[2] Deschamps P., Le crac des Chevaliers, p. 16.

[3] DESCHAMPS  P., Le Crac des chevaliers, p. 16.

[4] DESCHAMPS P., Le Crac des chevaliers, p. 17.

[5] LAMMENS H., Revue de l’Orient Chrétien, 1899.Dussaud R., Revue Archéologique, 1897, I, P.P. 208- 309.Rohricht R., Regesta-Add, N° 118.

[6] Deschamps P., Le Crac des Chevaliers, P. 16.

[7] Tallon M., Vestiges Romains en Bordure du Djébel Akkoum, P. 15 ss.

[8] DESCHAMPS  P., Le Crac P. 43

[9] Cartulaire du Saint-Sépulcre, I, N° 596; ROHRICHT R.,Regesta, N° 602.

[10] RICHARD J., Questions de Topographie Tripolitaine dans Journal Asiatique, 1948, P. 54.

[11] DUSSAUD R., Topographie Historique de la Syrie Antique, P. 100.

[12] DESCHAMPS P., La Défense du Royaume de Jérusalem, P. 307.

Richard J., Le Comté de Tripoli sous la dynastie toulousaine P. 96.

[13] ROHRICHT R., Rgesta, N° 144.

[14] JAMIL Rouhi, Guide vert du Liban, (texte arabe) Beyrouth 1948,P.220.

[15] DUSSAUD R., Topographie Historique, P. 84.

[16]

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  Partie3-Chap4Partie4-Chap4
 Partie2-Chap1Partie3-Chap5Partie4-Chap5
 Partie2-Chap2Partie3-Chap6 
  Partie3-Chap7Conclusion

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