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"Le Blanc" et la source par Dr.Père César Mourani ocd (Dr.en Histoire)
dédié à Mr. Wehbé Iskandar (RIP Édition Mai 2002 |
Photos by Webmaster Elie: elie@kobayat.org
Les premiers
rayons du soleil se filent à travers les branches fatiguées des saules et les
feuilles des
lauriers-roses ruisselantes de vie sous la rosée matinale d’une
journée d’août et viennent se miroiter dans l’eau chantante du ruisseau je
remarque une ombre, allongée démesurément par les dernières rappeurs de la
brume, avancer lentement vers la source. A même le sol, le dos appuyé contre le
tronc d’un jeune chêne à quelques paliers au-dessus du point d’eau, je moule la
garde dans un coup de scouts, j’essaie de mieux voir. Une illusion ou bien une
ombre ? Tous mes sens sort en action. Je vois, j’entends, ce n’est pas une
chimère. Ses pas fermes crissent sur les cailloux le long du canal. L’ombre
s’allonge, se rapproche, s’éclairait. Elle s’arrête soudain de le vois
distinctement, je l’observe attentivement avant de signaler ma présence. Debout,
à quelques pas du platane, appuyé sur son long bâton, solide et noueux de sa
haute taille, il contemple longuement l’eau jaillir de son four et dévaler
murmurante dans le ruisseau. Son regard droit et profond embrasse, tendrement
amoureusement la masse aquatique qui se ment voluptueusement dans ses yeux
paisibles. Toujours immobile, comme une apparition évanescente, nimbée de passé,
il s’abandonne de tout son poids sur l’appui de son bois dans la nappe lumineuse
des eaux matinales, sa barbe frémissante se miroite blanche et soyeuse sur sa
poitrine. Le « Blanc », c’est lui : Il refuse le surnom de « vieux » ; d’âge
avancé, il n’est pas vieux il est tout simplement le « Blanc » !
Il détache, de sa large épaule, une grosse et lourde besace qu’il dépose au pied du mur qui surplombe le canal, à son c’oui septentrional. Devant lui, au milieu de l’esplanade, se dresse une table de fortune, montée, adroitement, pierre sur pierre et devenue aussi que la silhouette de l’homme. Il s’assoit sur face au ruisseau l’une des pierres dressées comme siège autour de la table. Tout à côté, un foyer de pique-nique, aménagé en barbe eue couve encore, sous ses cendres, les braises de la nuit précédente. En s’asseyant, ses vieux habits d’ancien soldat de l’armée du Levant se fout remarquer sous la houppelande militaire. Le « Blanc » a été militaire, il l’est encore comme il le sera jusqu’au bout, mon esprit donne de l’air à son envol et revit, pendant quelques instants les échos de passé de cet homme. Droiture, honnêteté intégrité, ont marqué les diverses saisons de sa vie sociale. Homme de cœur, il ne s’est jamais démenti sou grand cœur, il l’a porté en écharpe.
L’homme à la haute taille, à la cassure d’athlète, qui ne le connaît pas ? que renom d’une barbe abondante et blanche d’où le « Blanc » surnom dont on l’a affublé, qu’il affectionne et il en est particulièrement fier. Blancheur de barbe qui orne sa large poitrine, transparence du regard aussi cristallin que l’eau qui s’y reflète, candeur de cœur enfantin dans le corps d’un paysan.
De caractère spontané, fier et franc, il trouve toujours le surgir d’exprimas tout haut ce qu’on mijote dans son for intérieur.

Le jour se fait plus clair sous les platanes, je le vois mieux maintenant. Je vois les flots calmes de son âme couler à l’unisson des ondes berceuses du ruisseau. Je vois ses gestes lents et posés en train de disposer son frugal petit-déjeuner sur la table. Je vois à travers les rayons qui brillent dans la pénombre grise du matin, l’éclat du soleil qui inonde son âme. Je me racle la gorge faiblement. L’écho étouffé de ma voix dans le silence mystique de la nature attire son attention. « Tu es là, réveillé ? me fait-il gravement sans se retourner. Viens partager mon repas… »
« … un café, ou bien une tisane ? _ Dis-je sur le même ton_… il y en a sur le feu ! « Et sans attendre une réponse que je connais négative, je descends la courte pente qui nous sépare. Je lance un salut et je m’assois, tout près, presque en face…
j’ai roulé ma bosse, fait-il de sa voix grave et appuyée, à travers les saisons de la vie. J’ai, longtemps, dégusté le doux et l’amer. J’ai traîné mes lattes, hiver et été sur hivers sentiers du monde. J’ai en le loisir de savourer un vaste brassage de cultures, de gens et de sociétés. Tes doigts sont-ils les mêmes ! les hommes le sont de même. L’humanité est pareille verticalement la part du mal, bien qu’elle soit un faible portion elle l’emporte souvent. Aussi les moments d’accalmie ou de paix sont-ils assez rares alors que les canons de la terreur scandant les étapes de l’universel de leur musique infernale. Les étapes de l’histoire sont rythmées de réalisations grandioses et de progrès admirables, mais tout ceci ne constitue-t-il pas les intermèdes qui couronnent les traités de paix suite aux douloureux moments où les hommes s’entre-déchirent ?!
Alors que la pluie gronde en fureur en bien que le soleil tabasse le crâne, il fait bon se retrouver à l’abri de quelque écornure ou bien à l’ombre d’une palmure. C’est une piètre consolation… mais c’est toujours, faute de mieux, une consolation ! Cette source _vois-tus ?_ ne se dément pas, elle donne sans compter. Sa générosité ne tarit pas saison sèche, saison d’abondance, elle jaillit toujours plus ou moins abondante, mais elle ne tarit pas. Elle se donne jusqu’à la dernière goutte. L’homme de foi n’en est pas loin ; Dieu vivant, il vit la plénitude de la vie, il se dépense jusqu’au dernier soupir, sans réserve, sans réticence.
Je me suis donné, j’ai tout donné dans ma vie je n’ai rien gardé pour moi _ j’ai adoré dans la Divinité la justice et la vérité_ je hais le mensonge, je refuse la duplicité : « que ta parole soit une » J’ai tâté de bien de métiers partout, Je me suis récrié contre le mensonge, j’ai porté la droiture haut sur le front. La loyauté ne s’achète pas ; innée dans l’âme humaine, elle n’est pas souvent cultivée.
Alors que le « Blanc » poursuit à haute voix le développement de sa pensée, moi, tout coi, le corps cloué sur ma pierre, la tête bourdonnante comme l’eau du ruisseau, je revois à travers l’enchaînement de mes souvenirs, la haute stature de l’homme se détacher de l’agglomération de la place publique et j’entends sa voix de stentor seconder, dans le silence réprobati de la foule, les petites misères de ses concitoyens. Ils ont déserté la loyauté…ils se sont affublés de duplicité, ils ont préféré aux éclats de la vérité les fausses lu cens du mensonge !.
«Le Blanc» est souvent l’homme de l’heure. Il est le clou des événements. Vous êtes pour, vous êtes contre, vous êtes l’un ou l’autre, vous ne pouvez pas être neutre face à ses prises de position. Il hausse la voix, souvent son verbe est virulent, c’est sans doute vrai ! mais ceci ne vous empêche pas de vous ranger avec on contre. Vous, vous êtes calme, réfléchi, lui ne l’est pas, les plis des évènements l’écorchent à vif _ « Il est face !… » disent les offusqués, ceux qui accusent le poinçon sous l’aisselle, ceux qui rôdent dans les ténèbres à la recherche d’une victime à sucer. Ils sentent à découvert, décortiqués, dépouillés même de la petite feuille de figuier, devant la transparence du « Blanc ».
On n’a pas l’audace de l’affronter quand il se déchaîne contre les puritains de la société, contre le mensonge, l’injustice, la fraude, les exploiteurs des plus faibles. Il est violent, parfois, il hausse le ton alité sur la scène publique. »Il est fou…!» Disent les démasqués incapables d’opposer une raison convaincante à sa logique bien enchaînée. On est pour, ou bien on est contre, pas de moyens termes. Ses admirations, mis à part ses amis, les petits, les simples et tous ceux qui fleurent l’innocence, ne sont pas trop nombreux. Ils lisent, dans son comportement, la vérité se regimber contre le mensonge, la transparence d’un homme agressé par la duplicité, la grandeur de l’innocence piétinée par la mesquinerie de la société.
Est-il vraiment fou ? Comme il est facile, aux sans _ conscience de jeter le gant aux fâcheux, de les assommer de calomnie, de leur prêter leur accoutrement mensonger_ Hamlet, n’a-t-il pas été lui aussi, affublé de folie ? Comme Hamlet, « le Blanc », a été accusé de mille chefs; lui aussi a adopté la devise « to be or not to be » manant sa bataille jusqu’au bout. Par sa conduite il a condamné le mensonge social. Il a eu le courage de dire à ses concitoyens leurs quatre vérités. Il est vrai qu’ils ont les oreilles dures ou bien qu’ils ne veulent pas entendre. Qu’importe, personne n’accepte d’être critiqué de son plein gré…mais le fait de refuser la critique n’élimine jamais ses motivations.
Je le vois blanc dans les premiers rayons du soleil matinal et dans l’éclat de mes souvenirs:«Le Blanc» mène son combat, contre tous et contre tout. Il mène, sans aucun ménagement, la bataille de la vérité. Il est l’écho de la droiture, il est la voix de la conscience dans une société qui en a coupé tout lieu… la société, vois-tu, je ne la hais point, j’en ai pitié plutôt… aussi, je me fais un devoir de reprendre ses incartades, de la fustiger sans relâche. Qu’ils veuillent m’écoute, je le souhaiterai bien ! Mais s’ils durcissent les oreilles, cela m’est égal ! Malhem à moi si je me tais…
La source ne cesse jamais prodiguer son eau. Quand la sécheresse fait ravage de la nature pendant de longues années, la source, même un filet d’eau, ne manque pas d’offrir aux gens et à tout être vivant le moyen de subsister. Et quand la saison est généreuse en pluie la source ne retient pas son eau, elle l’a livrée abondante et toute fraîche pour le bien être de la nature. Elle est don et don inconditionnel.
La vie d’un homme, digne de ce nom, ne peut être, en aucune façon, différente de la source. L’eau du ruisseau, jaillie sans contrainte, poursuit son chemin, berceuse et chantante sans se demander sur les motivations qui sous-tendent son agir. Elle se donne pour se donner, par ce qu’il lui est naturel de se donner sans retour. De même, la vie humaine doit être un don continuel, un don non payé de retour, un don joyeux et serein, un don capable de rendre heureux.
L’homme et la source, tous deux don de Dieu, participent d’une même origine et se partagent une même destinée. Aussi, me vois-tu là ! j’y viens me retremper. Je m’occupe quelque peu de la source, elle prend soin de moi…!
«Le Blanc » et la source
par Dr.Père César Mourani ocd
(Docteur en Histoire)
dédié à Mr. Wehbé Iskandar (RIP
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Édition Mai 2002